En 1925, l’État américain du Tennessee traduisit en justice un jeune professeur de sciences naturelles parce qu’il enseignait la théorie de l’évolution. Dans cette dernière, Darwin affirme que l’homme n’a pas été créé par Dieu, comme le dit la Bible, mais qu’il descend du singe. Présenter aux enfants la théorie de l’évolution enfreignait la loi selon laquelle il fallait que l’enseignement respecte l’histoire sainte. Le procès du professeur se transforma en un combat de Titans entre valeurs fondamentalistes et modernistes, entre la religion et la science, entre le dogme et la liberté intellectuelle. L’affaire entra dans l’histoire sous le nom de « The Monkey Trial ». La transcription du procès du singe est un texte fascinant et captivant, étonnamment actuel.

Je crois que Dieu a effectivement créé le monde. Et je pense que nous sommes en train d’en apprendre toujours plus et toujours plus et toujours plus sur comment ça s’est réellement passé.
George W. Bush, U.S. News, le 6 décembre 1999

Après tout, la religion existe depuis bien plus longtemps que le Darwinisme.
George W. Bush, George Magazine, septembre 2000

Le « procès du singe », procès du siècle en son temps
Le procès Scopes (dit le procès du singe) débute le 10 juillet 1925 dans la petite ville de Dayton, dans l’État du Tennessee.

Le caractère singulier de ce procès repose sur un paradoxe: ce sont les défenseurs civils qui font tout ce qu’ils peuvent pour le provoquer. L’ACLU, l’Union Américaine pour les Libertés Civiles, veut en effet marquer un coup médiatique et remettre la question de la liberté académique à l’ordre du jour. Dans ce dessein, elle se met en quête d’un volontaire prêt à admettre qu’il a résolument transgressé l’interdiction légale d’enseigner la théorie de l’évolution, en échange de quoi l’ACLU prend en charge tous les frais du procès. La ville de Dayton voit cette perspective d’un bon œil, parce qu’une affaire retentissante pourrait stimuler le tourisme. Ainsi John Scopes, un professeur intérimaire de biologie offre le profil du parfait cobaye.

Contre toute attente, c’est l’intégriste religieux Williams Jennings Bryan, trois fois candidat à l’élection présidentielle, qui se porte partie civile. Pour assurer la défense, il a en face de lui le ténor du barreau Clarence Darrow, connu pour ses positions anticléricales. Le procès se transforme soudain en un affrontement intense entre théorie évolutionniste et créationniste.
Mieux encore. Le jour de l’ouverture du procès, Darrow déclare: « Ceci n’est pas le procès de Scopes, mais de toute la société. » L’agitation générale prend une telle ampleur, qu’au bout de quelques jours, le juge décide de déménager le tribunal, les jurés et le public sur la pelouse du Palais de justice, craignant que le plancher de la salle d’audience ne cède sous le poids de la foule. Ce procès est aussi le premier à avoir été radiodiffusé en direct aux États-Unis.

Au cours des premiers jours, plusieurs témoignages plaident au détriment moral de la défense. Mais le 17 juillet, Darrow pare par une riposte que le New York Times qualifie de « scène la plus spectaculaire de l’histoire judiciaire anglo-saxonne ». Appelant Bryan en personne à la barre des témoins, il enchaîne question sur question, mettant ainsi à l’épreuve la crédibilité scientifique de la Bible: « Jonas a-t-il réellement passé trois jours dans le ventre d’une baleine? Comment Noé a-t-il pu faire entrer l’intégralité des animaux du monde dans son arche? » Et ainsi de suite. Bryan est finalement obligé d’admettre que la Bible n’est peut-être pas une source de données scientifiques absolues.

Ce qui n’empêchera pas Scopes d’être condamné. Bryan meurt six jours après la fin du procès. Les mauvaises langues avanceront que « Dieu avait en fait voulu punir Darrow, mais l’avait raté ».

De Morgen, Wouter Hillaert, le 14 janvier 2004

En néerlandais

texte d’après la transcription du procès « The Scopes Trial »
adaptation Robby Cleiren et Frank Vercruyssen
traduction en néerlandais Martine Bom

un spectacle de Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver et Frank Vercruyssen
dans la version néerlandaise avec Robby Cleiren, Damiaan De Schrijver et Frank Vercruyssen
dans la version anglaise avec Robby Cleiren, Tiago Rodrigues/ Stijn Van Opstal et Frank Vercruyssen

lumières Thomas Walgrave
exécution du décor Dirk Ceulemans et Raf De Clerq
remerciments à l’équipe du Monty, Stef De Moor, Els Gladimes et An Roels

production STAN

première le 14 janvier 2004, Monty, Anvers
première de la version anglaise le 1 er novembre 2007, Kulturhuset, Stockholm