Le point de départ de le tangible est, d’une part, le Croissant fertile *, avec la Palestine comme épicentre, et d’autre part les gens qui créent ce spectacle et leurs réalités diverses.

Il y a du matériel visuel de Ruanne Abou-Rahme et Yazan Khalili, deux artistes de Ramallah.
Il y a de la musique de Sublime Frequencies, György Ligeti…
Il y a des textes de John Berger, Etel Adnan, Mourid Barghouti, Mahmoud Darwish et Samih al-Qasim.
Il y a trois danseuses: Tale Dolven de Stavanger, Liz Kinoshita de Toronto et Federica Porello de Gênes.
Il y a quatre comédiens: Eve-Chems de Brouwer de Paris, Boutaïna Elfekkak de Rabat, Mokhallad Rasem de Bagdad et Frank Vercruyssen d’Anvers.
 **

Peut-être cette pièce est-elle une déclaration d’amour au berceau de la civilisation, blessé, piétiné et malmené, mais renaissant à chaque fois de ses cendres, une réflexion qui va au-delà des opinions, un témoignage abstrait et personnel davantage à propos de gens que de factions, davantage à propos de la perte, de l’injustice et de leurs antonymes que de points de vue.
Ou peut-être est-elle tout simplement un exercice d’équilibriste, la quête d’une façon de parler du Moyen-Orient sans tomber dans le néo-orientalisme, le paternalisme ou le simplisme.

* « Le Croissant fertile », « The Fertile Crescent » ou « Al Hilal Al Khaseeb » est une région en forme de croissant de lune qui englobait jadis la Mésopotamie et l’Égypte ancienne, berceaux de la civilisation. Actuellement, la région comprend en gros l’Égypte moderne, Israël, la Palestine, le Liban, ainsi que des parties de la Jordanie, de la Syrie, d’Irak, du Koweït, le sud-est de la Turquie et le sud-ouest de l’Iran.

** Le spectacle a été créé en avril 2010 avec Eid Aziz, originaire de Naplouse, et Rojina Rahmoon, venue de Damas, tous deux étudiants à l’école de théâtre de Damas. En raisons de difficultés insurmontables soulevées par la direction de l’école, nous avons dû remplacer ces deux interprètes pour la tournée en novembre et décembre 2010.

The next day I accompanied him to the ruin. There were several epicentres where everything had been reduced to dust, surrounded by tiny fragments.  Except for pipes and wires no recognisable objects remained. Everything which had been assembled during a lifetime had gone without trace, had lost its name. An amnesia not of the mind but of the tangible.
(un extrait de De A à X , de John Berger)

Le lendemain, je l’ai accompagné à ses décombres. Il y avait plusieurs épicentres, où tout avait été réduit en poussière, avec de petits fragments éparpillés autour. À part quelques tuyaux et quelques câbles, il ne restait aucun objet reconnaissable. Ce qu’il avait fallu toute une vie à assembler s’était envolé sans laisser de traces, et avait perdu son nom. Une amnésie non de l’esprit, mais du tangible.
(extrait de De A à X , de John Berger)

musique de Aswatt, Munir Bachir, Béla Bartók, Brahim El Belkani, Céline Bernard, The Bug, The Bug, Johnny Cash, Tom Chant, John Coltrane, Thierry De Mey, Said Fafy, Morton Feldman, Jimmy Garrison, Franz Hautzinger, Mahjoub Jaffer, Elvin Jones, Mazen Kerbaj, Abbes Larfaoui, György Ligeti, Said Oughassal, Max Roach, Scuba, Nasseer Shamma, Sublime Frequencies, Christine Sehnaoui, Sharif Sehnaoui, Cassandra Wilson, Raed Yassin

remerciement à Abbas Beydoun, Tony Chakar, Anne Teresa De Keersmaeker, An D’Huys, Oussama Ghanam, Ramzy Haidar, Tarek Halaby, Cynthia Loemij, Lisa Risum Olsen, Chrysa Parkinson, Sara Sehnaoui, Hans J. Skogen, Christine Tohme, Sam Van Overschelde, Fabienne Verstraeten, l’Ambassade belge à Damas

En français

textes de Etel Adnan, Samih al-Qasim, Mourid Barghouti, John Berger et Mahmoud Darwish
de et avec Eve-Chems de Brouwer, Tale Dolven, Boutaïna Elfekkak, 
Liz Kinoshita, Federica Porello, Mokhallad Rasem et Frank Vercruyssen

avec la participation de Jolente De Keersmaeker
le matériel visuel de Ruanne Abou-Rahme et Yazan Al Khalili

concept visuel Alex Fostier, Ruanne Abou-Rahme, Thomas Walgrave et Tim Wouters
lumières Thomas Walgrave
son Alex Fostier et Frank Vercruyssen
coordination technique Raf De Clercq
traduction Tania Tamari Anasir, Lore Baeten et Martine Bom
interprète Lore Baeten
exécutive producer  Ann Selhorst

production STAN
coproduction Ashkal Alwan (Beirut, Liban), Théâtre de la Bastille (Paris, France), Festival d’Automne (Paris, France), Théâtre Garonne (Toulouse, France), BIT Teatergarasjen (Bergen, Norvège), Black Box Teater (Oslo, Norvège), Teatro Maria Matos (Lisbonne, Portugal), la Ville d’Anvers

première le 7 avril 2010, BIT Teatergarasjen, Bergen (NO)
première de la version française le 2 novembre 2010, Théâtre de la Bastille, Paris