Tg STAN face aux Antigones

Debout, Jolente De Keersmaeker arpente l'avant-scène, distribue des programmes. Les autres comédiens attendent calmement sur le plateau du théâtre de Feignies (France). La représentation va commencer. Jolente situe Antigone via une efficace mini-leçon de mythologie grecque, présente les acteurs et leurs rôles. Que peut-elle jouer que le chœur, lien entre la scène et la salle.

Créé il y a près d'un an à Toulouse, « Les Antigones » vivent leur première en Belgique aux Halles dans « Out of control », basé sur la thématique « culture, conflits et résistance ». Le collectif anversois tg STAN touche une fois de plus le cœur de l'œuvre et la remet en jeu. Le spectacle réveille deux textes, l'un dû à Jean Cocteau, version ramassée de la tragédie de Sophocle et vision d'une Antigone anarchiste, l'autre à Anouilh.

Très simplement, sans scénographie imposante, usant de quelques artifices lumineux, les acteurs se plongent dans la situation et apportent un parfum dynamique et troublant à ces Antigones.

Pour la première pièce, des ombres doublent les corps. L'allure colle à cette Antigone déterminée, née pour partager la haine et non l'amour . Avec Hémon, elle forme un couple d'amoureux qui a la force de cet absolu propre à l'adolescence. Unis face à Creon, ils s'arc-boutent dur comme fer sur leur revendication et par leurs paroles s'opposent à son despotisme. Sans l'œil de Jolente qui veille au grain. En vingt minutes, la pièce est jouée. Les comédiens en ont révélé la densité.

On enlève la table, on change de costumes (tous contemporains et dus à An D'Huys) et on embraie avec la pièce d'Anouilh, écrite en 1944. La vigueur du jeu dépoussière, en fait oublier les lourdeurs moralistes.

A chacun de goûter ce qui se décante de ces deux versions de la révolte d'Antigone. L'approche de tg STAN, faite de la spontanéité et de la fragilité d'un théâtre qui s'invente sous nos yeux, s'attache aux mots. S'ils s'y accrochent parfois, les acteurs les prennent à bras-le-corps avec une énergie décapante. La langue y gagne en fraîcheur. Il s'en dégage une émouvante justesse.

Que ce soit avec les habitués de la troupe comme Jolente De Keersmaeker, Coriphée au regard distancié et ironique, et Frank Vercruyssen, Créon tantôt buté tantôt paternaliste, ou les jeunes Natali Broods (vibrante Antigone), Tine Embrechts et Tiago Rodrigues. Antigone, montrée dans ce registre à l'éclairante efficacité, ne peut que continuer à fasciner.

Le Soir, Janine Dath, le 29 avril 2002

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