Tg STAN sauve ce qu’il peut

Avec « "Sauve qui peut" pas mal comme titre » d’après les Dramuscules de Thomas Bernhard, Tg Stan affiche un message politique clair. Venu d’Anvers, la ville d’Hans Van Temsche où un habitant sur quatre vote pour le Vlaams Belang, le collectif jette un éclairage salutaire – et en français – sur le racisme ordinaire, la paranoïa sécuritaire et le conservatisme stérile qui gangrènent la société à travers les sketchs satiriques de l’auteur autrichien.

Fidèle à sa philosophie du jeu dépouillé (les comédiens ne jouent pas des personnages mais restent au plus proche d’eux-mêmes), le collectif évite de tomber dans la caricature des pantins de Bernhard. Mais ce service minimum dans le jeu établit un fossé plus qu’une simple distance entre les comédiens et leur sujet. Sans conviction, Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo et Damiaan De Schrijver enchaînent les textes contaminés par la haine et la bêtise comme on avale et recrache des morceaux vite faits.

Du coup, on se désintéresse de ces égoïstes xénophobes, plus insignifiants que monstrueux. Mais ces sketchs affichent un beau palmarès de portraits acerbes et situations au vinaigre. Il y a les commères pour qui tout est de la faute des Turcs et des Yougoslaves, cette « racaille » paresseuse et puante qu’il « faudrait gazer ». Il y a ceux qui trouvent que finalement « Buchenwald, c’était pas si terrible. » Mais aussi cette femme de flic qui regrette la poigne d’un Hitler qui aurait maté ces jeunes manifestant dans la rue.

La mise en scène prend le parti de la légèreté : les comédiens se changent à vue, se tripotant tout en enfilant des costumes loufoques, du tutu noir à la robe blanche en forme de crème chantilly, et se prennent volontairement les pieds dans le décor et les accessoires, tandis que résonne la joviale « Marche de Radetzky ». Une légèreté qui a le défaut des bulles de savon : leur irisation fascine un quart de seconde puis s’évanouit. Le malaise attendu laisse place à l’ennui.

Le Soir, Cathérine Makereel, le 19 octobre 2007

Nederlands