L'invention flamande

Ils sont fous, ces Flamands. On le sait. On a beau le savoir, ils nous étonnent à chaque fois. Et c'est pour cela qu'on les aime. De tous les collectifs artistiques que l'on applaudit régulièrement en France, tg STAN est l'un des plus remarquables. Les artistes le prouvent une fois de plus en présentant une variation d'une liberté, d'une audace, d'une cocasserie et d'une pertinence exceptionnelles sur les Dramuscules de Thomas Bernhard, auteur qu'ils connaissent bien et traitent avec une originalité et une puissance remarquables.

C'est sur la traduction de Claude Porcell que s'appuie ce travail présenté en langue française dans la grande salle du Théâtre de la Bastille. Un lustre, une toile de chapiteau que l'on affale sur le plateau, un fatras pour tout environnement. Trois acteurs avec changements de costume à vue, chacun aidant les autres, le plus souvent, à enfiler des pièces insolites, fertiles en métamorphoses. Il y a là, déjà, une manière de jouer qui n'appartient qu'à tg STAN. Travail d'équipe : c'est Matthias de Koning qui assure la «mise en place» et Jolente de Keersmaeker, Sara De Roo, Damiaan De Schrijver qui portent l'esprit de Thomas Bernhard dans ces courts textes d'une férocité corrosive. Il y a là une réflexion sur la présence qui est passionnante. Elle ne s'exprime pas en discours mais en actes. Elle agit, elle produit du sens. Les personnalités affirmées des interprètes avivent les textes.

Le supplément de cocasserie qu'apporte la manière tg STAN donne une force encore plus radicale à la pensée critique de Thomas Bernhard dans ces courts textes d'une violence froide, sarcastique. Un remarquable spectacle auquel ces formidables interprètes, truculents et audacieux, insolents, donnent un éclat réjouissant.

Le Figaro, Armelle Héliot, le 20 décembre 2007

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