Tg STAN est de retour

Première de la version française des "Dramuscules" de Thomas Bernhard par les Flamands de tg STAN. Au KVS, avant une grande tournée en France.

En janvier 2006, le public bruxellois francophone découvrait enfin le travail jubilatoire de cette petite troupe d'acteurs qui depuis des années étaient des habitués du Festival d'automne à Paris et des scènes françaises. Il avait fallu le dialogue entre Jean-Louis Colinet du National et Jan Goossens du KVS pour que cela change.

Tg STAN fut créée en 1989 par quatre acteurs diplômés du conservatoire d'Anvers qui refusaient de s'intégrer dans les compagnies existantes, n'y voyant "qu' esthétisme révolu, expérimentation formelle aliénante et tyrannie du metteur en scène". Ils veulent se placer eux-mêmes, en tant qu'acteurs, au centre de la démarche qu'ils ambitionnent : "La destruction de l'illusion théâtrale, le jeu dépouillé, l'engagement vis-à-vis du personnage et de ce qu'il a à raconter."

Damiaan De Schrijver, Jolente De Keersmaeker (la soeur d'Anne Teresa) et Sara De Roo reviennent pour notre bonheur pendant trois jours au KVS en partenariat avec le Théâtre national, avec la création en français des "Dramuscules" de Thomas Bernhard. Appelé « "Sauve qui peut" pas mal comme titre » , le spectacle rassemble cinq mini-drames acerbes où Thomas Bernhard fait une analyse impitoyable du passé nazi allemand et du fascisme rampant dans notre société. Les aspects les plus douloureux de la guerre défilent dans une ambiance apparemment légère, comme celle du concert viennois du Nouvel An. L'impuissance qu'ils suscitent est de plus en plus poignante. Un humour mordant qui met à nu, impitoyablement, les profondeurs amères de l'étroite âme humaine.

Françoise Bloch au Théâtre de la Place et Armand Delcampe au Vilar avaient déjà monté ce texte ces dernières années.

"Ce sont des textes contre la médiocrité, dans toutes les classes sociales, contre l'hypocrisie, contre les croix gammées qui rodent toujours. C'est un texte universel, toujours actuel qu'il était urgent de rejouer", explique le trio de tg STAN. "Il fallait éviter la caricature, ne pas faire des personnages excessifs qui nous auraient empêchés de nous interroger sur notre propre bêtise et notre propre racisme. Les Dramuscules sont faits pour choquer, comme quand on dit comme ça qu'on s'est marié à Buchenwald et que la robe de la mariée était belle. Thomas Bernhard est grinçant et très drôle, il cherche la comédie dans la tragédie. Une attitude qui n'est confortable ni pour les acteurs ni pour les spectateurs."

Tg STAN voulait monter ce texte pour parler de cette peur qui rode, "y compris en nous. Le procès d'Hans Van Temsche a encore montré qu'il était temps de jouer les Dramuscules." Mais à la manière de tg STAN.

On rit beaucoup. Les trois acteurs se changent souvent sur scène, entre les textes. "Ces changements nous mettent parfois nus, parfois en culotte, souvent en habits chics, avec des robes de grands couturiers comme Ann Demeulemeester. Un grand cercle qui brasse toutes les classes sociales pour montrer que les dénonciations de Thomas Bernhard nous concernent tous."

Sur la scène, une grande bâche tombe au début sur des tas d'objets dans lesquels les acteurs vont ensuite piocher sous la toile, symbole des tracas de la vie quotidienne.

Les acteurs sont ravis de jouer dans une autre langue (ils savent tous jouer en néerlandais, français ou anglais) : "On acquiert une distanciation avec les mots, cela donne de la liberté, de l'oxygène, l'espace devient plus grand, on a même une autre voix."

Après ces représentations, ils tourneront en France pendant trois mois, dont un mois à Paris pour le Festival d'Automne où ils triomphent chaque fois. Tg STAN rappelle qu'au départ, il jouait en français pour montrer ses spectacles en Wallonie. Mais cela ne s'est jamais fait faute d'accord de coopération, faute d'intérêt des théâtres wallons, et à cause d'une barrière bien plus étanche que celle qui existe avec la France. Il le regrette...

La Libre Belgique, Guy Duplat, le 17 octobre 2007

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