Sauve qui peut

Cette équipe venue d'Anvers sert admirablement le propos de Thomas Bernhard jusqu'au beau tissu râpeux de l'accent flamand qui universalise le français dans lequel est traduit l'auteur autrichien.

L'un des plus grands auteurs du XXème siècle, ce Thomas Bernhard. Il connaissait si bien l'humanité qu'il a fini sa vie en solitaire, exilé dans son propre pays, avec des chiens pour seule compagnie.

C'est l'implacable décrypteur des lieux communs qui nous sont donnés à voir et à entendre par les trois interprètes, deux femmes et un homme. Décor, costumes, bavardages, mimiques, gestes - conformisme et trivialité nationalisme absurde - cruauté ordinaire: la vie de tous les jours de l'humain moyen d'aujourd'hui est là, sous nos yeux et nos oreilles. C'est d'un comique indescriptible.

Mais soudain, le rire du spectateur se fige en cri muet, car nul mieux que Thomas Bernhard n'a su débusquer dans la vie quotidienne et ses clichés la pérennité du fascisme. C'est un prophète. Et le retour cyclique de la dictature capitaliste, son arrogance et sa vulgarité, est la seule prophétie qui tienne la route humaine.

Il faut aller écouter Thomas Bernhard au Théâtre de la Bastille. On y trouve notamment les clefs de la France d'aujourd'hui et du monde globalisé où l'appât du gain individuel l'emporte sur la solidarité sociale.

France Musique, Jean-Marc Stricker, le 5 janvier 2008

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