STAN, ses pairs et ses pères

entretien avec les quatre comédiens de tg STAN

Rencontre avec tg STAN, une compagnie d'acteurs flamands qui ressuscitent Molière non seulement sur scène, mais en coulisses... Autour d'eux souffle un vent de liberté, né à Amsterdam sous l'égide de la compagnie désormais mythique Discordia...

Les STAN sont quatre, comédiens et Flamands, mais résolument européens : ils jouent dans la langue du pays où ils se produisent. Leurs noms ? Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo, Damiaan De Schrijver et Frank Vercruyssen. Vous ne le connaissez pas ? Normal, puisque STAN est l'acronyme de Stop Thinking About Names... Ce collectif existe depuis quinze ans et son dernier spectacle en français, Poquelin , est actuellement en tournée jusqu'à la fin de l'année.

Tout comme pour ces deux productions, présentées notamment au Théâtre de la Bastille à Paris, du serment de l'écrivain du roi et de diderot (2003), ou Les Antigones (2001), STAN malmème les textes, pour le bien du théâtre et au grand dam de certains, paralysés par leur vénération des Grands Auteurs. Ainsi avec Poquelin , en deux heures vingt de spectacle, on aura vu quatre farces et comédies de Molière, et on sera mort plusieurs fois de rire.

Dès leurs premiers pas au théâtre (en 1989), les STAN savaient qu'ils ne voulaient pas travailler sous les ordres d'un metteur en scène. Leur rébellion leur a valu de redoubler une année du conservatoire d'Anvers : ils en ont profité pour demander à un homme qu'ils admiraient infiniment, Matthias de Koning, non pas de les diriger, mais de les remettre en question...

Matthias de Koning - comme Jan Joris Lamers, Annet Kouwenhoven, Titus Muizelaar,... - est à l'origine de la compagnie hollandaise Discordia. Cette compagnie d'Amsterdam, aujourd'hui dissoute (faute de subventions !) a jeté les bases d'un théâtre nouveau, dont les émules sont les plus brillants artistes de la scène néerlandaise.

De Onderneming, Dood Paard, Dito'Dito, De Roovers, 't Barre Land et la Compagnie De Koe sont en effet de la même famille artistique. Ils ont la même conception du théâtre et de l'acteur et travaillent régulièrement les uns avec les autres au gré de leurs projets. « Le moteur de l'évolution de la compagnie est l'épanouissement personnel de chacun de ses membres », aiment à dire les STAN.

Une sagesse de l'amour qui s'est construite sur l'expérience, car « au début - le temps de parvenir à nous définir - nous étions très fermés, deux couples d'amoureux exclusifs », précise Sara De Roo qui a rejoint STAN peu avant que Waas Gramser n'en parte. Ce dernière a fondé un autre collectif, De Onderneming, dont on a pu voir le désopilant La Force de l'habitude d'après Thomas Bernhard, en juillet 2004 au festival Paris Quartier d'été. Entre tous ces artistes, des couples se sont formés, défaits, renoués, des enfants en sont nés... Autant d'histoires passionnelles qui nous projettent irrésistiblement au temps de L'Illustre Théâtre où vie et scène s'entremêlaient.

« L'idéal d'un comédien est de monter sur scène sans préparation. C'est sa plus grande angoisse et en même temps sa plus grande force. » Cette phrase, un brin provocante, est de Jan Joris Lamers, un pillier de Discordia, « la seule compagnie - à part nous peut-être - capable de jouer une pièce différente tous les soirs... », souligne Damiaan De Schrijver d'un air cocasse et vainqueur. « Discordia nous a beaucoup appris. Nous avons travaillé avec eux en 1993 au projet De Vere. Nous répétions chaque jour, décidions le matin des pièces et des scènes que nous allions jouer le soir... Une expérience majeure, où ils nous ont transmis leur souci de la perfection et de l'excellence qui s'exprimait jusque dans le choix d'un vin ou l'achat d'un fauteuil. »

Comme leurs aînés amstellodamois, les STAN ne répètent jamais en simulant la présence du public. Le premier travail consiste à établir le texte : « Nous le traduisons d'abord avec toute la troupe d'acteurs ; puis nous comparons différentes adaptations et traductions. Cela dure environ sept semaines », raconte Frank Vercruyssen. « À la fin, nous obtenons un texte qui nous satisfait, qui sert l'auteur, qui est débarrassé du superflu ». Il n'y a pas de leader, tous sont responsables, et toutes les décisions sont prises et assumées ensemble. Ensuite, « nous lisons pendant deux semaines le texte autour de la table, jusqu'à quatre ou cinq jours avant la première ». Les comédiens connaissent chacun la totalité du texte et décident au dernier moment de la distribution des rôles. Les deux ou trois derniers jours, les entrées, les sorties ou les positions sur le plateau sont déterminées. Mais bien entendu rien de définitif ! Ainsi pas de risque qu'un acteur ronfle ou ne déclame...

Cette façon de faire, qui est aussi une méthode de mise en péril permanente, rend chaque représentation unique et excitante. Le théâtre redevient alors un art aussi dangereux que celui de l'écuyère qui virevolte sur sa monture. Le public de Poquelin ne s'y trompe pas, qui comprend soudain, dans un fou rire ou une sidération, ce que ce devait être de voir Molière sur scène avec sa fille ou sa femme - des comédiens pour qui le théâtre n'est pas un métier mais le lieu où ils sentent battre leur sang.

Théâtres, Julie Birmant, décembre 2004

Frans