Molière night live

La note d'intention est claire : les sept comédiens interprètent cinq textes de Molière parmi les moins subtils, condensés autour de leurs principaux clichés, « pour le bon plaisir de Monsieur ». Le but : privilégier la forme instantanément comique, dans toute son outrance, pour en faire exploser le fond.

Marivaudages, quiproquos, comique répétitif et/ou de situation, bref, du divertissement ouvertement basique, asséné avec une violence primaire des plus jubilatoires. Les acteurs restent sur scène pendant toute la durée du spectacle, en simple retrait temporaire (dans un souci extrème de transparence vis-à-vis du spectateur), et se relaient au premier plan à un rythme redoutablement efficace.

Les grandes lignes des textes sont là, dans toute leur crudité originelle, et se retrouvent très vite triturées dans tous les sens : personnages caricaturés jusqu'au vertige, monologues pompeux évacués à la va-vite, dénouements volontairement bâclés, accessoires explosés, le tout donne l'impression d'une furieuse précipitation calculée. En deux heures et demie aussi fulgurantes qu'épuisantes, le théâtre contemporain attaque les Robins de Bois sur leur terrain de jeu, les grosses ficelles scéniques en moins.

Les comédiens, livrés à eux mêmes avec ce seul credo de divertir à tout prix, en rajoutent dans le burlesque trivial, ne manquent pas une occasion de se frapper, de tomber dans le graveleux régressif, ou encore de faire participer les spectateurs à leurs nombreux fous rires, savamment greffés au fil des espaces de liberté de chaque acteur. La connivence qui se crée irrésistiblement avec le public est pernicieuse ; sous couvert de cette démarche de mise à nu, de distanciation via l'expression scénique la plus frontale, on ne peut que tomber dans le panneau du plaisir manifeste des sept comédiens.

Chaque acteur aura à ce titre son moment de gloire, son impro échevelée qui lui vaudra les rires effrénés de l'audience. Et c'est au bout d'un véritable marathon se concluant sur une ultime scène d'un grotesque achevé que la confusion pourra s'installer.

Le Petit Bulletin, François Cau, le 15 décembre 2004

Frans