Du Molière, une fois

Lorsque la bande d'iconoclastes de la compagnie flamande tg STAN s'attaque à l'un des grands classiques du théâtre français, il s'agit surtout de ne pas en perdre une miette. Explosif !

« Ils sont fous ces Flamands » se serait sans doute écrié Astérix en voyant ce Poquelin made in Belgique. Il faut dire qu'après s'en être brillament pris à Thomas Bernhard et à son Tout est calme la saison dernière, la folle équipe du tg STAN a fait encore une fois fort en s'emparant de l'un des monuments de notre théâtre national, en l'occurence Molière. L'illustre dramaturge est même rabaissé à son rang d'homme puisque la pièce s'appelle tout simplement poquelin, nom de famille du prénommé Jean-Baptiste, autrefois comédien de son état.

D'entrée, le ton est donné. Surprenant. Le corps des comédiens est à moitié dénudé, histoire peut-être de briser l'image sans doute trop classique souvent donné par une certaine Comédie française. En deux temps trois mouvements, la demi-douzaine de personnages se rhabillent pour mieux prendre d'assaut le plateau avec fort accent du Nord en prime, façon belge. Chose qui n'est pas faite pour déplaire. Cette pièce-ci s'appelle Le Malade imaginaire , trois autres suivront, et le jeu décalé du septet amuse follement. Car le texte, s'il est respecté, est enrichi par quelques touches de couleurs personnelles et par un jeu de scène époustouflant.

Imaginez un mélange bien dosé entre Tex Avery et Benoît Poelvoorde, ou quelque chose de ce genre. Et il y a Molière, bien sûr, à qui il ne faut surtout pas oublier de rendre toutes ses vertues premières. Ses médecins imaginaires ou non, ses excellents coups de bâton - qui pleuvent dans la pièce ! - ses valets, ses avares, ses beaux-parleurs, ses cocufiés de toutes sortes et ce jeu qui bien souvent dépasse le cadre institutionnel de la scène pour s'échapper jusque dans un public complice.

Pur bonheur en vérité. Du coup, on se met parfois à imaginer qu'au XVIIe, le théâtre a pu avoir cette dimension là, très populaire, un peu gouailleur, et forcément drôle. Et voilà nos amis du tg STAN transformés en justiciers de l'homme de lettres. Fortiche clin d'œil !

Le Dauphiné Libéré, Laurent Delauney, le 11 novembre 2004

Frans