Trissotin, Diafoirius et autres molièreries

La joyeuse bande du tg STAN offre un bien savoureux Poquelin . Leur « best of » de Molière leur fournit de merveilleux numéros d'acteurs.

Quand on posait à Sacha Guitry la question rituelle : « Quoi de neuf? », celui-ci répondait invariablement : « Molière, bien sûr ». La joyeuse bande du tg STAN le démontre à nouveau brillamment dans le cadre du KunstenFESTIVALdesArts. Ces hurluberlus flamands, au talent fou, présentent pour quelques jours au Kaaitheater une sorte de « best of » des pièces de Jean-Baptiste Poquelin. Pendant deux heures trente qui passent rapidement, on retrouve de célèbres moments, depuis Le Malade imaginaire et le docteur Diafoirius jusqu'aux Précieuses ridicules et Trissotin déclamant ses vers de mirliton devant des femmes se pâmant de son « immense » talent.

La modernité iconoclaste de ces textes saute aux yeux. On se croirait souvent dans une de ces téléréalités où les protagonistes seraient pour une fois drôles et intelligents. Tg STAN existe depuis 14 ans et a fait le tour d'Europe avec succès, montant ses pièces en néerlandais comme ici, mais aussi directement en français ou en anglais.

Finalement seuls les francophones belges n'ont jamais eu l'occasion de rire à leurs performances. Ce Poquelin est donc une rare occasion pour eux de découvrir ce qu'on peut faire d'un Molière.

Le Kaaitheater a été bouleversé pour l'occasion. Les acteurs évoluent sur des tréteaux posés au milieu de la scène et les spectateurs les entourent, au milieu des cintres. Pas de décors, sauf des lustres à l'ancienne et quelques chaises Louis XV décaties. Les huit acteurs sont déjà sur l'estrade quand les spectateurs arrivent. On les devine nus sous leurs vêtements jetés à la hâte. Mais il n'y aura pas de polissonnerie. Molière sera bien là, avec son texte déclamé en néerlandais (c'est parfois hilarant) et surtitré en français sur un écran. Poquelin est avant tout un récital de numéros d'acteurs. Tous (sur)jouent très bien. Ils en font des tonnes, mais avec une qualité qui les rend irrésistibles. Damiaan De Scrijver, un colosse, est incroyable dans le malade imaginaire et dans Trissotin. Les filles sont tout aussi irrésistibles. Tantôt les acteurs se bastonnent à qui mieux mieux, tantôt ils se retrouvent au milieu du public. Tantôt Damiaan De Schryver jette un coup d'oeil sur les surtitres car la traduction tarde, tantôt les acteurs sont pris par un fou rire.

On l'aura compris, Poquelin est du théâtre brut, du pur jeu d'acteurs, de la comédie populaire qui rend justice à Molière et à l'incroyable force corrosive de ses textes multicentenaires.

La Libre Belgique, Guy Duplat, le 23 mai 2003

Frans