Molière mis à nu au Kunsten

Ah! Ces acteurs flamands de tg STAN qui revendiquent l’absence de tradition de grands textes de théâtre ! On peut les envier... Iconoclastes, ils se montrent libres, dans leur verbe et dans leur corps. Molière, ils l’ont rebaptisé Poquelin, de son vrai nom.

Par-là, ils se sont coltinés avec les sources de l’art comique. Ils l’ont saupoudré de références au XVIIe siècle : musique de Lully, salle en pleine lumière, clin d’oeil du costume, d’une gestuelle baroque, allusions au théâtre de tréteaux, à la commedia dell’arte, à la farce... Autant d’outils dont Molière s’est effectivement servi.

Mais surtout, ils mâchent les mots (flamands) avec une totale liberté, n’hésitant pas à montrer (ou inventer) un sous-texte. Le corps suit, la main leste, ouvrant un champ insoupçonné aux clystères et fessées. Ces acteurs ont l’énergie vitale des gens qui créent sur-le-champ, avec fous rires. La joie est communicative.

Leur jeu débute par une vision provocante : immobile, tous dévoilent un morceau de chair. Molière et ses drôles d’humains, mis à nu... Et c’est parti pour une succession de farces, disputes, mariages forcés ou empêchés, coups de bâton et adultères, au travers de « Don Juan », du « Malade imaginaire », du « Médecin malgré lui », du « Cocu imaginaire », suivis d’un méli-mélo de « Femmes savantes », « Précieuses ridicules », « Avare »...

Près de trois heures (dans un confort spartiate) d’une perception désacralisée de Molière, en gradation de violence car, sous le « costume » de la drôlerie, d’est de violence en tous sens qu’il s’agit ! A l’extinction du dernier lustre, lorsque le noir avale progressivement corps et visage, le vertige n’est pas loin.

Le Soir, Michèle Friche, le 23 mai 2003

Frans