Les raisons de la colère des Antigones

Une des curiosités d"out of control", nouvel événement culturel programmé aux Halles de Schaerbeek, autour et alentour du conflit, devrait être "Les Antigones" du collectif flamand d'acteurs tg STAN qui aime se jouer de tout, y compris des grands classiques, dans une grande variété de tons et de genres.

En choisissant de présenter, au tout public, mais aussi aux élèves de secondaires, l'"Antigone" de Cocteau, version de 20 minutes à peine, et celle d'Anouilh, ce collectif veut briser les cadres figés du théâtre. L'acteur est donc montré plutôt que joué, le public convive plutôt que spectateur ; une belle manière de mettre à l'aise d'éventuels premiers venus au théâtre et de ravir les habitués devant ce genre nouveau qui rappelle aussi celui de Leperello.

Debout sur une table, deux actrices plantent d'abord très rapidement le décor dans une confusion voulue en rappelant qu'Antigone est la fille d'union incestueuse de Jocaste et d'Oepide. Etc.

Vient ensuite le moment d'expliquer les raisons de la colère d'Antigone, le tout à un débit rapide et fidèle à la version de Cocteau, dont on dit volontiers qu'elle contracte l'oeuvre de Sophocle pour en tirer l'équivalent d'un paysage vu à vol d'oiseau, à savoir son relief, sa structure profonde. Ici, la fable antique est épurée, dans une langue simple, sèche et belle.

Dédramatiser d'abord pour arriver ensuite au drame dans tout son paroxysme, telle est donc la démarche de cette compagnie qui par les deux versions montre aussi comment Antigone est d'abord l'instrument des Dieux, ensuite maîtresse d'elle-même. Vrai jeu pour les amoureux du texte.

La Libre Belgique, Laurence Bertels, le 24 avril 2002

Frans