De Kersentuin

De Kersentuin de STAN est un spectacle souvent étonnamment spirituel et triste à la fois. La troupe connaît ses Russes.
Façonner tous ensemble la pièce et le spectacle, c'est le secret de la réussite de la compagnie.

Une énigme, voilà ce qu'est La Cerisaie de Tchekhov. Les STAN le soulignent une fois de plus dans leur programme. L'auteur appelait lui-même sa dernière pièce « une comédie », mais depuis la création en 1904 elle a fait l'objet de diverses interprétations. La compagnie flamande pense que l'auteur dirait d'un ton plein d'affection : « Décidez pour vous-mêmes ».
C'est ce qu'ils ont fait, et le résultat est merveilleusement équilibré. Leur Cerisaie, créée le jour de l'Ascension au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, est étonnamment spirituelle – on ne pouffe pas, mais on se prend à rire doucement maintes fois. Et en même temps, c'est triste – aucun pathos, mais de la peine.
STAN connaît ses Russes et met cette pièce en scène avec une distribution relativement nombreuse, dans la tradition des Estivants (2010). Jolente De Keersmaeker est Lioubov Raniévskaïa, ce qui ne nous étonne ou ne nous déçoit pas : c'est admirablement joué. Frank Vercruyssen comme Lopakhine, le nouveau riche qui achète la propriété, est superbe d'impuissance.
Ils sont les seuls membres permanents de STAN, mais voilà Robbie Cleiren, un invité régulier, qui imprime un beau développement au frère de Lioubov. Stijn Van Opstal est amusant dans les deux rôles qu'il interprète. Et puis il y a un groupe de jeunes femmes qui étonne : Rosa Van Leeuwen, dont nous avons déjà pu constater le talent (comique), joue ici le rôle insolite de la gouvernante doublée d'une prestidigitatrice. À côté d'elle nous remarquons Evgenia Brendes, qui offre une belle expression au tragique de Varia.
Mais après tout, le secret de cette nouvelle réussite est assurément le travail collectif. Car ça fonctionne, tout le monde a son dessein et connaît sa place, et l'ensemble est de toute beauté – également grâce à Damiaan De Schrijver.

Karin Veraart, De Volkskrant, le 18 mai 2015